« Le bien et le mal »

Très tôt dans l’explication de l’univers, les Juifs ont conçu le monde comme un partage entre le bien et le mal. Le bien du côté du Dieu souverain qui ne souhaite que la félicité, la richesse et la paix pour les hommes, et d’un autre coté le mal parce que quelque chose a échappé à Dieu ou que quelqu’un s’oppose à Lui. Pour les Hébreux fuyant l’Égypte, l’ennemi, c’était les troupes de Pharaon. De ce côté-là se trouvait la méchanceté et le mal. Du coté des Hébreux se trouvait le bien sous la conduite de Yahvé. Par la suite, cet état d’esprit ne pouvait que se poursuivre alors que les hébreux cherchaient à s’installer sur des terres déjà occupées par d’autres populations. Ils pouvaient avoir en tête que le bien était chez eux avec la justification de Yahvé, et que le mal était chez ces étrangers qui leur cherchaient querelle. Comme nous pouvons le lire dans leurs écrits, les prophètes n’avaient pas hérité de cette vision simpliste du monde. Eux, avaient bien repéré l’injustice, l’iniquité, le mépris, l’impiété qui régnaient parmi les élites dirigeantes, au sein même du peuple élu. Le mal était présent aussi au milieu de ce peuple qui aurait dû rester pur et exemplaire. Au temps de Jésus, la société pouvait être partagée entre les bons et les mauvais. Les mauvais étaient faciles à repérer, c’était ceux qui avaient un sale métier ou une vie de débauche : collecteurs d’impôts ou filles publiques. C’était aussi tous ceux qui étaient atteints d’une infirmité, d’une maladie mentale ou d’une affection inguérissable comme la lèpre. En nous offrant sa parabole sur le bon grain et l’ivraie, Jésus répond à la mentalité de son époque, mais aussi à nous. Il nous précise qu’il ne nous appartient pas de faire le partage entre ceux que nous estimons bons et ceux que nous pensons mauvais. Il est inutile d’attendre de Dieu qu’Il élimine ceux qui ne nous plaisent pas. Il faudra vivre avec. Mais cette parabole peut nous conduire à mener deux réflexions. D’abord se persuader que la ligne de partage entre le bon et le mauvais ne se trouve pas entre les personnes, mais en chacun de nous. Chacun de nous est capable du meilleur comme du pire. L’autre réflexion porte sur la « pureté » du champ de blé dans lequel aucune mauvaise herbe ne pousse. Est-ce à l’image de notre société alors que de nombreux étrangers se sont établis dans notre pays ? Va-t-on arracher ces personnes de la terre où ils se sont implantés (comme dans certains pays) ? Bien sûr nous pouvons nous dire, en déformant les propos de Jésus, qu’une telle opération risquerait de retourner tout le champ. Si nous n’avions que cet argument pour nous retenir de le faire, alors ce serait à désespérer de notre regard de de Chrétien sur la dignité des personnes et notre ouverture à la solidarité.

Denis

L'édito de la semaine

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