" Prendre sa croix "
Le passage d’Évangile de ce dimanche se présente dans la continuité de celui de dimanche dernier, et il est animé ! Simon a reconnu en Jésus le Messie attendu. Jésus lui a répondu en l’appelant Pierre, et en déclarant qu’il était la pierre sur laquelle sera bâtie son Église. Jésus lui remet solennellement sa charge et les pouvoirs qui l’accompagnent, comme pour un haut personnage. Il n’en faut pas plus à Pierre pour qu’il se voie déjà premier ministre du roi Jésus. Hélas pour ce trop beau plan de carrière, Jésus annonce les souffrances qu’il doit subir, jusqu’à être mis à mort. C’est insupportable pour Pierre qui Lui adresse son désaccord. À son tour Jésus réplique en traitant Pierre de satan, et en lui reprochant de n’avoir que des vues humaines, loin de celles de Dieu. Belle ambiance, dans ce petit groupe autour de Jésus ! À force de s’opposer aux autorités religieuses, nous comprenons que Jésus allait s’attirer des ennuis, et si, en plus, il attirait les foules dans son sillage, il devenait pour elles un danger. Il fallait donc l’éliminer. En pays juif, et selon la loi de Moïse, Jésus pouvait s’attendre au châtiment suprême : la lapidation. Mais curieusement dans la suite du texte de l’Évangéliste, ce n’est pas ce mode d’exécution qui est mis en évidence, mais la croix. La croix, ce supplice infamant des Romains ; la croix que Jésus invite chacun à prendre pour le suivre. Au moment où nous en sommes dans le récit de la vie de Jésus, la croix, c’est encore un peu tôt. L’évangéliste, plusieurs dizaines d’années après les faits, n’aurait-il pas écrit ces lignes à la lumière de ce va subir Jésus plus tard ? « Porter sa croix. » Voilà une expression qui nous parle et qui traduit bien pour de nombreuses personnes les difficultés ou les souffrances qu’elles endurent et qui ne s’éteignent pas : handicap, douleur physique, altération mentale, rupture, veuvage, charge familiale excessive, dette indue, déconsidération… Et chacune de ces personnes doit faire effort pour surmonter les limites que cela entraîne pour elle. Mais ce n’est pas là l’effort que Jésus nous demande. Si Jésus nous invite pour le suivre à prendre notre croix, c’est que cette croix nous ne la portons pas encore. Alors quelle est-elle cette croix ? Et avons-nous vraiment envie de nous la rajouter sur le dos ? Prendre notre croix ? S’il y a quelque chose de personnel à prendre, nous pouvons commencer par nos responsabilités. Prendre nos responsabilités, pour nous-mêmes, c’est assumer entièrement les conséquences de nos paroles et de nos actes ; face aux besoins de notre prochain, c’est arrêter de nous défiler, de nous croire ignorant ou incompétent ; et avec Dieu, c’est accepter son accompagnement. Pas facile, mais nécessaire… comme la croix.
Denis
L'édito de la semaine
